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Léglise du village de Versailles, avant la construction du palais, était dédiée à saint Julien de Brioude. Cette église fut démolie en 1681 et remplacée par le Grand Commun (cf. ancien hôpital militaire Larrey). Léglise Saint-Julien fut reconstruite dans la ville neuve. Elle eut dailleurs une existence éphémère. En 1684, Louis XIV posa la première pierre dun nouvel édifice : la paroisse Notre-Dame qui donna son nom au quartier. Les habitants du vieux Versailles, du Parc-aux-Cerfs et des rues voisines, au nombre denviron quatre mille cinquante, ne disposaient plus daucun lieu de culte. Notre-Dame était loin et son accès difficile, puisquil fallait traverser alors la place dArmes pour sy rendre. Quand, à la fin du XVII° siècle, cette partie de la ville prit de lextension, les architectes chargés de dresser les plans ne manquèrent pas de prévoir une église. On songea dabord à lériger à lextrémité sud de la rue Royale. Lemplacement parut trop excentrique. Aussi bien, dès 1725, on avait bâti à langle des rues de Satory et dAnjou, près du Potager du Roi, une chapelle provisoire longue dune trentaine de mètres, flanquée dun collatéral et entourée dun cimetière. On commença à y enterrer au mois davril 1727, à y baptiser le 17 mai 1728.
Les habitants durent se contenter de cette chapelle pendant plusieurs années. Ils étaient pourtant de plus en plus nombreux. Enfin, vers 1740, on résolut de bâtir une véritable église. Mais on ne voulut pas changer les habitudes que les paroissiens avaient prises. Il fut donc décidé que le monument serait construit à côté de la chapelle, et presque en vis-à-vis. Il y avait là une vaste place qui paraissait parfaitement convenir à cette destination. |
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Il fallut dabord faire choix dun architecte. Louis XV désigna Jules Hardouin-Mansart de Sagonne, petit-fils de larchitecte de son aïeul, au grand mécontentement de Jacques-Ange Gabriel, architecte officiel du roi. Celui-ci espérait bien recevoir la commande. Les premiers travaux furent exécutés en mai 1742. Les entrepreneurs se heurtèrent immédiatement à des difficultés inattendues. Le sol était spongieux et se prêtait mal à létablissement de solides fondations. Il fallut établir des pilotis.
La construction fut très lente. Léglise Saint-Louis ne fut en effet terminée que douze ans plus tard. Linauguration se fit sans éclat le 24 août 1754. La famille royale ny assista pas, sous prétexte que la dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, avait accouché la veille dun fils (le futur Louis XVI). Toutefois, lannée suivante, le roi fit don à léglise de six cloches qui eurent pour marraines la reine (Louise), la dauphine (Joséphine) et quatre des filles de Louis XV : Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise. On abattit alors lancienne chapelle et la maison des Lazaristes qui y attenait et on construisit jouxtant léglise le bel hôtel qui servit ensuite dévêché jusquà la loi de séparation.
Léglise fut peu à peu dotée des uvres dart quon y peut contempler. La dernière et la plus importante mais ce nest pas la plus admirable fut le mausolée du duc de Berry, élevé selon le vu de la municipalité versaillaise par le sculpteur Pradier à la mémoire du prince assassiné qui était né à Versailles en 1778.
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En 1790, Versailles devint siège dun évêché. Le premier évêque constitutionnel, M. Avoine, choisit Notre-Dame pour cathédrale. Par la suite, léglise fut fermée et, la plupart des objets du culte ayant été confisqués, transformée en temple de lAbondance. On lui en figura les attributs sur la façade et un laboureur fut même peint sur le frontispice de léglise. Dès que le culte catholique fut rétabli, lévêque constitutionnel qui avait succédé à Avoine, M. Clément, préféra Saint-Louis à Notre-Dame et cest ainsi que léglise devint définitivement cathédrale. Le premier évêque concordataire, Mgr Charrier de la Roche, ratifia ce choix. Il eut le bonheur daccueillir dans sa cathédrale, le 3 janvier 1805, le pape Pie VII venu à Paris pour le sacre de lEmpereur. Le Saint Père donna sa bénédiction à la foule des fidèles massée sur la place. Il dîna seul à lévêché, selon lusage, tandis que lévêque traitait à sa table les principales notabilités de la ville. Si Louis XVIII et Charles X neurent pas loccasion dhonorer la cathédrale de leur présence, Louis-Philippe y assista à un Te Deum chanté en 1837 à la suite de la prise de Constantine. En 1875, la messe du Saint-Esprit de lAssemblée nationale y fut solennellement célébrée. Pendant la Révolution, léglise avait subi dassez graves injures. Les dégâts furent peu à peu effacés. De nouvelles uvres dart vinrent enrichir la cathédrale au XIX° siècle ou furent restituées, dintelligentes restaurations exécutées. Léglise Saint-Louis, sans être comparable aux grands édifices du Moyen Age, mérite une visite détaillée . |
| LEXTÉRIEUR
Les deux tours, de plan carré, sont légèrement en retrait de la façade. Elles sont décorées de colonnes doriques adossées et surmontées de vases de pierre. Les piliers dangle sont placés suivant les diagonales dune manière originale. Ces deux tours sont chapeautées dun dôme tracé sur un carré aux angles légèrement abattus. Chaque dôme sachève par une contre-courbe qui supporte une flèche bulbeuse. Une disposition analogue se retrouve au carré du transept où le dôme daspect plus important est également sommé dune sphère que domine la croix. On croit quen adoptant cet amortissement en forme de bulbe, larchitecte a voulu délicatement rappeler à la reine de France Marie Leczinska les édifices religieux de sa Pologne natale. Ce nest pas impossible. Si larchitecte Gabriel fut quelque peu ulcéré de n avoir pas construit léglise Saint-Louis, il prit sa revanche en édifiant à La Rochelle une église rigoureusement identique et sous le même vocable. Il est dailleurs malaisé de déterminer lantériorité des plans. Il est probable que les deux architectes les dessinèrent en même temps. La cathédrale Saint-Louis, dont les lignes sobres se détachent harmonieusement, constitue extérieurement un ensemble équilibré. Vu du Jardin du Roi (aujourdhui potager de lÉcole nationale du Paysage), cest un édifice élégant, qui na pas laspect massif que lon reproche souvent aux églises de style classique ou baroque.
Au-dessus des grandes arcades, léglise est éclairée par des baies à lunettes dont les voûtes pénètrent dans celles de la nef, selon le procédé habituel employé à cette époque. Longue de 93 mètres, haute de 23, la nef est en effet couverte dune voûte à pénétration dont les doubleaux incorporés sont appareillés avec les claveaux des berceaux et atteignent près dun mètre dépaisseur. Les voûtes des collatéraux retombent sur des piliers aux chapiteaux corinthiens. Le carré du transept est couvert dune coupole sur pendentifs sculptés. Elle est elle-même surmontée dune seconde calotte au dôme surbaissé dont les sculptures ne furent jamais terminées, comme létablit la présence des pierres en bossage. Chaque bras sachève en hémicycle, un autel étant placé contre le mur gouttereau. Cet autel est flanqué de deux belles portes de chêne sculpté. Au-dessus de chacune de ces portes se trouvent des tribunes. Selon la tradition, celles-ci auraient été réservées aux hôtes du palais quand ils assistaient aux offices de Saint-Louis et, sous le Premier Empire, aux personnages officiels invités aux cérémonies publiques.
La chapelle de la Providence (ou des Catéchismes) jouxte, à gauche, les chapelles de lEcce Homo et de saint François. On y pénètre par lintérieur. Cest un édifice rectangulaire formé dune salle centrale, dont le dôme est voûté de caissons couronnés dun oculus qui laisse entrer le jour, et de deux autres salles plus petites qui flanquaient jadis le maître-autel. Il est éclairé par quatre fenêtres surmontées de bas-reliefs exécutés par le sculpteur Augustin Pajou. Un autre bas-relief se trouve au-dessus de la porte centrale. Des médaillons, également dus à Pajou, décorent les murs. Les bas-reliefs représentent les cinq vertus théologales : la Tempérance, la Force, la Religion, la Justice et la Prudence. La Tempérance est figurée sous les traits dune femme qui verse de leau dans un vase, avec derrière elle un chameau, symbole de sobriété. La Prudence tient un serpent qui senroule autour dun bâton, la Justice une balance, la Religion une croix, et la Force une massue. Quant aux médaillons, ils figurent des apôtres et des papes. Ces uvres ont la froideur académique des sculpteurs de la fin du XVIII° siècle. A lopposé, la sacristie est une salle carrée qui offre peu de caractère, mais possède quelques belles toiles. |
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LE MOBILIER
Louis-Philippe avait relégué ce groupe dans les réserves du château. On le ramena en 1852 à la cathédrale, mais on ne remit pas en place les plaques de marbre sur lesquelles étaient gravés les noms des souscripteurs... Enfin, les bénitiers en marbre blanc qui sont à lentrée de la nef sont dus au sculpteur Hersent et datent de 1780. Ce sont dexcellents morceaux. Pourtant, la Fabrique de la paroisse trouva les prétentions de lartiste un peu excessives. Pajou, qui travaillait alors à léglise, fut choisi pour arbitre et fixa les honoraires de son confrère à 1372 livres. Pour son expertise, il reçut 48 livres.
Si nombreux sont les tableaux quil convient de les répartir par époques. Le plus ancien, situé au-dessus de la porte dentrée du collatéral de droite, est luvre dun certain G. Saurlay, de Lyon, et daté de 1664. Cest le fameux Quo Vadis. Il représente lapparition de Notre Seigneur à saint Pierre fuyant Rome. Lhistoire de cette toile est assez singulière. Elle fut échangée par la cathédrale de Paris avec celle de Versailles contre une autre figurant le Vu de Louis XIII, de Van Loo. Elle fut fâcheusement mutilée au XIX° siècle quand on éprouva, sans nécessité, le besoin de larrondir. Ce tableau faisait jadis pendant à la Résurrection du fils de la veuve de Naïm. Cette toile, aujourdhui dans la sacristie, est due à Jean Jouvenet et date de 1708. Avant la Révolution, elle appartenait au couvent des Récollets de Versailles et fut donnée par le Louvre à la cathédrale Saint-Louis en 1802. Il était naturel que la chapelle Saint-Louis, qui ouvre sur le déambulatoire, ait été ornée dun tableau consacré au saint roi de France. Luvre fut commandée par Louis XV lui-même à François Lemoyne, un de ses peintres préférés. Le coloris est frais, les angelots qui entourent le roi joufflus à souhait. Le tableau est plus profane que religieux. Cest dans cette chapelle, quest exposé, sur une fine console de bois doré, le reliquaire de saint Louis qui date du XVII° siècle et provient de la chapelle du château. On peut passer sans sattarder sur la Présentation de la Vierge au temple, tableau quun artiste versaillais passablement oublié, Collin de Vermont, exécuta pour léglise Saint-Louis en 1755. Collin fut un bon élève de Rigaud. Lacadémisme nest pas exempt de cette toile correcte. On ne sarrêtera guère plus longtemps devant le Baptême du Christ dAmédée Van Loo, placé dans la chapelle des fonts baptismaux et qui date de 1761. Luvre montre quAmédée avait moins de talent que Carie. Il est singulier de constater que sept toiles qui ornent les chapelles de la cathédrale datent de cette même année 1761. Noël Hallé est lauteur dun saint Vincent de Paul prêchant parfaitement froid. Un certain Etienne Jeaurat, qui mourut à Versailles en 1789, a peint une Adoration du Sacré-Cur et un Songe de saint Joseph offerts par Louis XV, qui figurèrent tous deux au Salon de 1761 et ornent respectivement la chapelle du Sacré-Cur et celle de saint Joseph. De toutes ces uvres de lan 1761, une seule mérite vraiment ladmiration : cest l'Adoration des Bergers de Jean Restout. Elle est située dans le bras droit du transept. Par la chaleur du coloris, le contraste des tons, lharmonie de la scène, Jean Restout a peint une uvre magistrale digne de ce grand artiste. On ne peut pas tout signaler, mais il serait injuste domettre les deux tableaux de François Boucher. Le peintre de gracieux nus féminins n était pas particulièrement inspiré par les sujets religieux. Pourtant, saint Pierre marchant sur les eaux (chapelle Saint-Pierre), qui date de 1764, et saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert ne sont pas absolument indignes de ce grand artiste et les figures de femmes et denfants sont bien caractéristiques de son talent. Dans la sacristie, on conserve le portrait du second curé de Saint-Louis, labbé Baret qui resta en charge pendant vingt-deux ans, de 1755 à 1777. Cétait un prêtre bon et zélé. Il avait son franc-parler et nhésitait pas à sexprimer librement devant le roi. Un jour, Louis XV sinforme près de lui de létat de ses ouailles :
Le portrait de M. Baret, exécuté par le peintre Coqueret en 1776, appartint longtemps au château. Cest une uvre honnête et expressive. Il ne faut pas confondre hallebarde et pertuisane. Lextrémité supérieure de la première porte une hache, la seconde un simple fer de lance précédé de deux oreillons. Les pertuisanes étaient larme des Gardes-Suisses. Celle que conserve la sacristie de la cathédrale est en acier damasquiné dor et date du XVIII° siècle. |
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Outre le reliquaire de saint Louis, le trésor de la cathédrale est surtout constitué par un magnifique évangéliaire et un épistolaire écrits et décorés à la main par deux artistes, Joras de Bertry et François Blondeau. On réserve habituellement ladmiration aux manuscrits enluminés du Moyen Age ou de la Renaissance. Il faut reconnaître quau XVIII° siècle, lart de la miniature ne sétait pas entièrement perdu. Le pinceau et la plume de Gilbert et Saudreau du Mesnil sunissaient pour exécuter des canons dautel dune rare élégance. Il faut signaler également dans le trésor de la cathédrale de nombreuses pièces d'orfèvrerie et des ornements liturgiques de valeur. Les Monuments Historiques prévoient des vitrines dans la sacristie pour les exposer en permanence au regard des visiteurs... Par son caractère homogène, sa majestueuse grandeur, les richesses artistiques quelle possède, la cathédrale Saint-Louis de Versailles est donc un édifice digne de la ville royale, un des exemples les plus originaux de larchitecture religieuse du XVIII° siècle. |